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Réconcilions la Tête avec les Mains

La société d’aujourd’hui nous pousse à opposer les jobs intellectuels des jobs manuels, et cela avec une distance entre tête et mains qui commence dès l’enfance. En grandissant, nous sommes amenés petit à petit à délaisser tout ce qu’on faisait « avec les mains » de façon naturelle au profit d’activités intellectuelles privilégiées à l’école.
Toutes les connaissances qui seront utiles pour un métier d’avenir dans  l’économie du savoir prennent le dessus sur l’apprentissage de ces outils merveilleux que nous avons à notre disposition: nos mains et notre corps. Au point où beaucoup ne les utiliseront pratiquement plus: ni bricolage, ni activité artistique, ni jardinage, ni cuisine,…
Au niveau voie professionnelle, seuls ceux qui ne parviennent pas à suivre le programme traditionnel seront redirigés vers une formation technique. Donc malheureusement plus souvent par défaut que par vocation.

ARRÊTONS DE SÉPARER L’ESPRIT ET LES MAINS – NOUS AVONS BESOIN DES DEUX

Aujourd’hui, de plus en plus de salariés d’entreprises, parfois avec des places en haut des hiérarchie, laissent tout tomber pour ouvrir un food truck, un atelier de garnissage, cultiver la terre ou fabriquer de la bière locale.
Parmi eux, Matthew Crawford, universitaire philosophe reconverti en réparateur de motos, est devenu une référence avec son livre « Éloge du carburateur, Essai sur le sens et la valeur du travail ».
Il y décrit avec passion comment un métier manuel est une combinaison sacrée de technique et de réflexion, d’abstrait et de concret, parfois bien plus captivante d’un point de vue intellectuel que pour de nombreux emplois de l’économie du savoir.

L’une des principales sources du mal-être contemporain au travail tient sans doute à un excès d’abstraction.
Matthew Crawford

Il y a aussi Sarah Boyeldieu, que j’ai entendu il y a quelques mois dans une interview de la chaîne de podcasts « PAUMÉ.E.S » #5.
Reconvertie céramiste après une carrière dans la pub, elle suit une formation de 6 mois intensif en céramique au moment de l’interview. Elle réalise alors qu’avec une ré-orientation manuelle, les neurones du cerveau sont amenés à se reconnecter aux gestes à donner avec ses mains, et que cela demande du temps et de l’énergie.

Ce ne sont pas que les gestes spécifiques du métier qu’il faut réapprendre, mais c’est aussi le lien de connexion cerveau-main.
A force de les séparer et ne plus utiliser ses mains, on perd cette connexion.

On a exalté la supériorité du travail cérébral sur le travail manuel. C’est stupide mais validé par tout notre système.
Pierre Rhabi

Dans le 2ème volume des Lieux de savoir – Les Mains de l’Intellect, coordonné par Christian Jacob, les auteurs définissent combien il est vain de séparer les mains et la tête, combien la part de savoir-faire pratique qui  accompagne les opérations de l’esprit est grande, et combien les mouvements de la pensée prennent forme et matérialité grâce aux gestes de la main.

Faire, c’est penser!
Richard Sennett

TRAVAILLER AVEC SES MAINS, CELA NOUS PROCURE QUOI DE CONCRET?

La matière

En premier, il y a ce contact mains-matière: utiliser le sens du toucher!
Cela passe souvent par une relation à la nature: avec une matière première naturelle de base: la terre, le bois, la laine naturelle,… (qui nous fera aussi utiliser le sens de l’odorat)
Manipuler cette matière et observer sa transformation nous donne une sensation forte de retour aux sources!
Cela passe parfois par une dimension éco-responsable, en utilisant des matières recyclées.

La créativité

C’est bien connu, les activités manuelles font appel à une bonne dose de créativité, du moins quand il s’agit des métiers typiques de l’artisanat.
Je défends pourtant l’utilité de la créativité dans tous les jobs et tous les projets de vie! Ne pas être créatif dans ce qu’on fait, nous limitera toujours là où on pourrait se dépasser et aller beaucoup plus loin avec un peu de créativité.
Ceci dit, passer par une activité manuelle permet de déclencher un processus créatif plus facilement, pour reconnecter son cerveau à une créativité concrète!
Quand on utilise ses mains, la créativité est plus libre et directe.

La transmission

Il y a souvent un dimension importante d’apprentissage et transmission dans la culture du travail manuel.
Comme pour les Compagnons du Devoir: Le terme « Compagnon » signifie qu’il partage et accompagne, le terme « Devoir » qu’il est est guidé par un devoir essentiel: il s’engage à transmettre son savoir-faire. Mais aussi son savoir-être.
Car le Compagnon aspire aussi à être un « homme bon », ouvert d’esprit, tolérant, généreux et ouvert aux autres.
Le voyage à travers la France et le monde est un pilier important pour l’apprentissage de ce savoir-faire et savoir-être. Le Compagnon passe de communautés en communautés pendant des années, à la rencontre de nouvelles cultures et nouvelles façons de travailler. Et il peut ensuite transmettre son savoir à son tour.

L’échange avec les clients est aussi important pour un artisan ou producteur local. Il prend plaisir à expliquer le processus de développement de ses produits.
Dans son livre « Ce que la Main sait. La culture de l’artisanat », Richard Sennett met en valeur le savoir-faire de l’artisan, coeur, source et moteur d’une société où primeraient l’intérêt général et la coopération.

La construction

De plus, quand on réalise quelque chose de ses propres mains, outre le plaisir et la joie de voir les choses se transformer, on ressent énormément de satisfaction à arriver à un résultat et on gagne en estime de soi !
On obtient un résultat palpable, directement valorisé par sa vente à un client content!

La résilience

Faire soi-même les choses de ses propres mains rend les gens indépendants et capables de se procurer les besoins de première nécessité face à des imprévus.
Bricoler, cultiver ses légumes, réparer des objets quotidiens,… Les personnes travaillant avec leurs mains sont souvent dans l’utile, le nécessaire élémentaire, le concret…
Mais aussi dans l’échange et l’entraide (collectivité).

DEUX MOYENS D’UTILISER SES MAINS QUAND ON TRAVAILLE DANS UN BUREAU

La carte heuristique

Le mind map, la carte mentale ou carte heuristique est un schéma visuel qui permet de suivre le cheminement de la pensée en représentant toutes les idées et informations d’un sujet central.
Il existe de nombreux logiciel informatique pour réaliser un mind map, mais choisir la façon manuelle donne plus de facilité créative et de liberté, soit pour résumer une lecture ou une conférence et en retenir les grandes lignes, soit pour explorer toutes ses idées et y remettre de l’ordre.
Cela peut être utile dans tous les jobs de bureau. Utilisé comme mémo personnel, pas besoin d’être un artiste et que ce soit hyper soigné.
Loin d’être une experte, j’avais justement expérimenté le mind map pour l’écriture de cet article, et voici ce que cela donne:

MindMap - Réconcilions la tête avec les mains

Travailler avec ses mains, cela nous procure quoi de concret?

 

Il n’est pas abouti et l’idée n’était pas de le partager (je ne savais même pas que j’en parlerais dans l’article), mais ça vous permet de voir que n’importe qui en est capable, il suffit de comprendre le principe.
Á la place, j’aurais pu vous partager une très belle carte heuristique de Marion Charreau, qui explique bien son principe. Mais je vous laisse les découvrir par vous-même, en cliquant sur son nom.

La facilitation graphique

La facilitation graphique est utilisée pour le partage d’informations et la communication d’idées à une équipe. Mieux vaut donc soigner ses présentations et passer par une petite formation pour en apprendre les bases.
Comme par exemple, celle que propose Tatoudi à Bruxelles.

Facilitation graphique - Tatoudi

Facilitation graphique | Tatoudi

 

PAR NATURE, ON A TOUS CETTE CAPACITÉ DE TRAVAILLER AVEC NOS MAINS! RECRÉONS CE LIEN!

Enfant, on a le cerveau naturellement connecté aux mains, on peut créer, inventer, fabriquer pour explorer et s’exprimer.
Malheureusement nous perdons généralement cette connexion en grandissant et beaucoup y reviennent à l’âge adulte. Que ce soit à travers une activité de loisir ou une ré-orientation professionnelle, cela provient souvent d’une quête de sens, d’un retour au concret et de bien-être.
Car taper sur un clavier n’est pas suffisant pour garder ce lien de connexion.
Par ailleurs, nos modes de vie citadins et connectés aux écrans en tous genres, nous éloignent toujours plus du naturel, du contact avec la matière, du « faire ».
Pour les reconvertis, il faut donc tout réapprendre quand on se lance dans une activité manuelle. Pas seulement les gestes nouveaux, mais l’activité cérébrale qu’ils impliquent. Il faut surmonter cette fatigue physique et mentale. Il faut être précis, réfléchi et concentré, et il faut appliquer les bons gestes. Si on est distrait, les conséquences peuvent être importantes et il n’y a jamais de backup ou de ctrl Z! 🙁

Photo : David Davister

Sources:
-La révolte des premiers de la classe, Métiers à la con, Quête de sens et reconversions urbaines, Jean-Laurent Cassely, Éditions Arkhê, 2017
https://www.arkhe-editions.com/livre/cassely-revolte-premier-classe/
-Eloge du carburateur, Essai sur le sens et la valeur du travail, Matthew Crawford,   La Découverte, 2010
https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-__loge_du_carburateur-9782707160065.html
-Devenir et Être Artisan, Barbara Witkowska, Edipro, 2010
http://www.edipro.eu/fr/metiers/24-devenir-et-etre-artisan.html
-Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, Richard Sennett, Albin Michel, 2008,
https://www.albin-michel.fr/ouvrages/ce-que-sait-la-main-9782226187192
-Lieux de savoir, tomme 2 : Les Mains de l’intellect, Christian Jacob, Albin Michel, 2011
https://www.albin-michel.fr/ouvrages/lieux-de-savoir-tome-2-9782226187291
-Semeur d’espoirs, Olivier Le Naire, Pierre Rabhi,  Actes Sud, Paris, 2013
https://www.actes-sud.fr/catalogue/ecologie-developpement-durable/pierre-rabhi-le-semeur-despoirs

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Si vous avez une question, une info à partager concernant cet article, écrivez-moi un commentaire! Je me ferai un plaisir de vous répondre.

Dans mes écrits, je m’adresse à vous à la 2ème personne du pluriel (VOUS) car vous êtes plusieurs à me lire (du moins je l’espère 🙂 ), merci de me répondre à la 2ème personne du singulier (TU). Sinon je pourrais croire que vous vous adressez à quelqu’un d’autre. 😉

2 commentaires

  1. Fidéline sur 23 septembre 2019 à 14h53

    Très bel article Lorraine… écrit avec les mains!

    • Lorraine Frennet sur 23 septembre 2019 à 14h59

      Merci Fidéline! 🙂

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