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[connexion #1 : famille Chili] Covid-19 VS écologie : réflexion sur les mesures adoptées face à deux crises.

25 octobre 2020

Écologie : réflexion sur les mesures adoptées face à deux crises.

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Introduction

Mon frère Arnaud vit au Chili depuis près de 24 ans. Il écrit régulièrement pour le magazine HD Sports des chroniques qui parlent principalement de surf.

Je vous traduis ci-dessous ses réflexions, publiées ce mois de septembre 2020, dans lesquelles il nous parle de la situation covid-19 comparée à la situation écologique qui touche à sa première passion : la mer.

Pour lire l’article dans sa version originale en espagnol, c’est par ici :

magazine HD Sports, édition 27, p.27 

En lisant ses mots à la parution de l’article en septembre, j’ai été terriblement touchée non seulement par le sujet de l’article, mais aussi en réalisant que nous restions si connectés.

J’ai pu ressentir les mêmes sentiments et frustrations qui nous animent, les mêmes sensibilités, les mêmes valeurs, une même façon de voir les choses et de les transmettre.

Le fait qu’il ait passé plus de la moitié de sa vie à évoluer dans un univers très différent du mien, à des milliers de kilomètres, ne nous sépare pas tant que cela.

Il est aussi tellement multi-passionné (comme notre soeur d’ailleurs), qu’il a naturellement aligné ses différentes activités autour de ses valeurs et passions, auxquelles il reste fidèle par-dessus tout. (Je parle aussi de son parcours ici)

De plus, aujourd’hui est un grand jour au Chili. Suite à la crise sociale démarrée en octobre 2019, la population est appelée aux urnes pour répondre à deux questions : “Pour ou contre une nouvelle Constitution?”  et “Quel organe devra rédiger la nouvelle Constitution?” (mixte citoyens – parlementaires, ou uniquement citoyens)
Si l’« Apruebo »  (approuvé – défendu par l’opposition) l’emporte à la première question, cela pourrait déboucher sur une constitution plus sociale, mais aussi plus verte au Chili…

Covid-19 VS écologie : réflexion sur les mesures adoptées face à deux crises.

Vendredi 5 juin, environ 200 surfeurs locaux se retrouvent à la Punta de Lobos, pour manifester contre l’interdiction de pratiquer des sports nautiques et de se trouver sur la plage.

Prononcée deux mois plus tôt, cette interdiction est une mesure sanitaire pour contrôler la pandémie, limitant l’afflux des touristes dans la ville.

Depuis ce moment, elle suscite une polémique dans Pichilemu. (autoproclamée Capitale Mondiale du Surf)

 

 

La dernière fois que les surfeurs avaient organisé une manifestation, c’était 14 ans plus tôt, en 2006. Le désaccord portait alors sur un projet de répandre les eaux usagées de la ville directement dans la mer.

Celle-ci fut couronnée d’un succès. La population a largement suivi le mouvement avec comme conséquence l’alignement des autorités. Une station d’épuration fut construite pour le traitement de ces eaux usagées, évitant une catastrophe environnementale et ses répercussions sur le développement du tourisme et de la ville.

Cette action s’est révélée fondamentale pour la commune.

 

Le succès d’une manifestation et l’échec d’une autre m’amènent à réfléchir sur une évidence : c’est plus important de traiter ses déchets que de surfer en temps de pandémie!

C’est tellement évident que la comparaison s’avère absurde. Mais cela nous mène aussi à un questionnement plus profond: qu’est-ce qui est le plus fondamental: prendre des mesures contre la dégradation de notre environnement? Ou des mesures pour contrôler la pandémie?

La crise sanitaire nous fait un peu oublier l’écologie… Mais quel impact aura le Covid-19 dans l’histoire de l’humanité? … Très peu en comparaison avec la crise climatique…

 

Les pandémies sont des processus naturels, entretenant parfois un certain équilibre de la planète.

La nature est altérée par notre comportement, et nous recevons en retour certains signaux, comme ce minuscule Covid, ou d’autres plus imposants comme le réchauffement climatique, l’extinction massive des espèces et tant d’autres…

 

Les efforts pour contrôler la Pandémie ont été extrêmes, quelque chose de jamais vu à l’échelle mondiale. La coordination fut bien maladroite, c’est sûr, mais nous avons pu constater comment des mesures radicales pouvaient s’étendre à travers la planète de façon très rapide. Des changements soudains et substantiels que nous n’avons encore jamais vu pour résoudre la crise écologique.

 

À un niveau local, de plus en plus d’initiatives apparaissent et des personnes retroussent leurs manches pour protéger notre environnement. Nous avons des personnes comme Ramon Navarro et Rodrigo Farias, qui se sont convertis en de vrais militants environnementaux. Nous avons aussi « la fondation Punta de Lobos », avec son équipe dédiée à la préservation et à l’éducation environnementale; ou encore la « Punta Lobos Reciclaje ».

Le surf, comme sport outdoor, nous connecte profondément avec l’environnement. Il nous incite à être plus éco-responsable.

Mais tout cela ne se passe pas qu’à Pichilemu. Chaque année se créent de nouvelles initiatives dans tout le Chili et dans le monde.

Autant d’actions difficiles à imaginer des années en arrière et qui ont été possibles grâce à la vision écologique de quelques associations, en grande partie financées de façon privée.

 

Cela se révèle particulièrement positif, mais à la fois tristement insuffisant. Que ce soit au niveau local ou mondial, nous avons besoin de changements plus rapides. Les 30 dernières années, nous avons dégradé la planète plus que dans toute l’histoire de l’humanité. Les prochaines 30 années ne nous le pardonneront pas.

 

Au Chili, nous avons un ministère de l’environnement depuis l’année 2010. Toutefois, nous n’avons toujours pas vu la couleur de mesures élémentaires comme par exemple, un système national de recyclage.

Qu’ont-ils fait durant ces 10 années?

Nous sommes en 2020. Ne pas recycler ses déchets devrait être un délit, point.

À défaut, on laisse encore la conscience individuelle décider si c’est nécessaire ou pas. C’est une liberté que nous avons toujours.

Donc surfer en temps de pandémie est un acte délictueux, alors qu’il n’y a aucun problème à consommer des bouteilles en plastique tous les jours, sans les recycler…

Est-ce une autre comparaison absurde? Cela me plairait de savoir ce qu’on en pensera dans 100 ans…

 

Le seul moyen de changer le comportement de chaque être humain,  passe par une intention politique forte, et des mesures à un niveau planétaire. Nous aurons besoin d’un plan global établissant comment doit être notre nouvelle société, et comment nous pourrons vivre en harmonie avec notre environnement. Nous devons arrêter de dégrader l’équilibre de la planète et revenir à une vie faisant partie d’elle.

 

Aujourd’hui, les quelques avancements au niveau mondial se focalisent sur le réchauffement climatique. Avec la menace qui se fait déjà sentir et des conséquences bien pires que cette fameuse épidémie de 2020.

Mais les accords politiques ont comme objectif de contrôler l’équilibre de la planète au lieu de s’y adapter. Nous continuons à penser à court terme. Nous voulons limiter le réchauffement à 2°C maximum. Et avec cela, nous croyons que nous pourrons continuer sur la même voie du développement.

 

Il est certain que nous sommes responsables du dérèglement climatique, pour le moins de son accélération, et nous devons urgemment limiter nos émissions de dioxyde de carbone.  Mais la planète a toujours eu des alternances de périodes chaudes et périodes froides. Et si l’être humain ne peut s’y adapter, il devra en subir les conséquences, comme cela s’est passé avec d’autres espèces.

Le réchauffement climatique n’est pas plus qu’une conséquence du problème de fond : notre désadaptation.

 

Les processus écologiques s’avèrent trop lents pour l’échelle humaine. Une génération n’est pas affectée par les conséquences de ses propres actes. Et il en résulte des motivations insuffisantes pour rompre la dynamique. La croissance continue de s’imposer aux yeux du monde : plus de développement, plus d’investissement et plus de gain… et si ça se complique, nous nous organisons pour contrôler au maximum la situation et continuer à avancer. Nous inventons la taxe carbone et c’est réglé!

 

Dans le fond, nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas de « sauver la planète » , et encore moins d’une différence de 2°C. Ce serait très prétentieux de notre part.

Notre foyer continuera à exister bien après nous. Il fera plus chaud ou plus froid, avec un nouvel équilibre rencontré, dépourvu de toutes les espèces qui n’auront pas su s’adapter.

Il ne s’agit pas de maîtriser la nature, mais bien de nous maîtriser nous-même.

 

Les changements nécessaires seront douloureux. Nous devrons peut-être abandonner certaines libertés, comme le choix du nombre d’enfants à avoir, pour éviter la surpopulation. Nous devrons adapter toutes nos nouvelles activités, qu’elles soient productives ou récréatives. Peut-être même qu’il nous faudra arrêter de surfer, cette fois pour des raisons bien fondées, parce que ce serait devenu une menace pour notre équilibre écologique.

 

Personnellement, je ne me sens pas à l’aise à critiquer autant, et faire si peu. Mes actes sont encore bien insuffisants par rapport à ma conscience du problème. Je fais partie du système comme chacun. Je me suis développé en continuant les règles du jeu. J’ai essayé de faire ce que je pouvais, mais les coûts d’une séparation avec le système prennent le dessus. Ils sont trop élevés et les effets presque nuls. Nous avons besoin d’un changement collectif à grande échelle.

 

Je ne perds pas espoir, au contraire. Le réveil environnemental est contagieux. Aujourd’hui seulement une minorité de pionniers luttent pour changer les choses, mais elle grandit chaque jour. Il arrivera un moment où nous serons tous affectés.

À force de concessions politiques trop faibles, nous devrons peut-être passer par une transition violente, comme les révolutions et les guerres qui ont rectifié le chemin pris par l’humanité à chaque fois.

Je crois que nous trouverons des solutions simplement parce que nous n’avons pas le choix. Si je pouvais voyager dans le temps je me déplacerais en l’an 2120 pour voir lesquelles nous avons mises en place.

Comment se sera passée la Révolution Écologique? Et quelles auront été ses conséquences? Comment se seront réinventées les villes qui étaient au bord de l’effondrement un siècle plus tôt? Comment aura-t-on réussi à implémenter un contrôle mondial de la natalité? Et à quelles autres libertés aurons-nous renoncé pour nous mettre en règle avec notre environnement?

Évidemment, j’analyserais les sports ayant survécu, et je verrais si cela nous est toujours permis de surfer… »

2 commentaires

  1. Philippe Raway sur 4 novembre 2020 à 13h57

    Très belle réflexion…!
    Le changement d’angle de vue au sujet de l’adaptation/désadaptation et de la maîtrise est limpide.
    Merci pour ce partage, Lorraine. 😉

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