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L’effectuation en 5 grands principes: abordons nos projets d’entreprises et nos projets de vie différemment

09 mars 2020

L’effectuation en 5 grands principes: abordons nos projets d’entreprises et nos projets de vie différemment
L’effectuation en 5 grands principes: abordons nos projets d’entreprises et nos projets de vie différemment

En parallèle du fameux business plan et des démarches classiques obligées pour tout lancement d’entreprise, il existe une autre façon d’aborder l’entreprenariat: l’approche effectuale ou l’effectuation.

J’ai découvert le concept d’effectuation il y a peu de temps, à travers d’un article de Philippe Silberzahn, puis de son livre complet sur le sujet.

Et j’adore ça!

Cela correspond parfaitement à ma vision des choses et à l’idée qu’on peut entreprendre différemment. (Surtout quand on est un électron libre et qu’on part dans tous les sens ;))

Le livre de Philippe Silberzahn démonte aussi quelques mythes sur les entrepreneurs, qui sont en fait des personnes normales. (et oui, ce n’est plus un scoop!)

Des personnes toutes différentes, venant de tous types d’horizons, d’éducations et de cultures variées, qui se sont souvent royalement plantées avant d’arriver à des résultats honorables.

Mais alors, qu’est-ce qui fait d’eux des entrepreneurs? Suivant quel fonctionnement commun raisonnent-ils, prennent-ils des décisions et agissent-ils?

De ces questions est née l’effectuation en 2001, suite aux observations de la chercheuse Saras Sarasvathy.

Elle en a retracé les 5 grands principes que vous pouvez découvrir plus bas dans cet article.

Analysons d’abord les grandes lignes et les différences des deux approches: la traditionnelle dite causale et la concrète dite effectuale.

Deux logiques complémentaires: la logique causale et la logique effectuale

Logique causale

C’est la logique entrepreneuriale par excellence, sur laquelle tout se base, avec un élément central : le business plan!

Impossible de parler de création d’entreprise sans parler du plan d’affaire.

La logique causale est représentée par cette façon d’agir: on analyse ce que l’on doit faire pour obtenir le résultat voulu (en terme de chiffre financier en général), en sa basant sur le couple produit-marché.

En cas d’obstacles, nous allons essayer de sauver les pots cassés pour tendre le plus possible vers cet objectif fixe.

L’objectif est la cause de la stratégie d’avancement mise en place.

Logique effectuale

L’effectuation part du principe inverse: nous partons de ce que nous avons comme moyens au départ pour avancer vers un objectif d’entreprise. Nous adaptons cet objectif suite à des imprévus ou nous pouvons le faire évoluer en fonction de nouvelles sources disponibles.

C’est une autre vision des choses: l’objectif devient l’effet de la stratégie d’avancement de l’entreprise.

Deux logiques inverses mais complémentaires

La réussite du projet ne tient pas à la qualité et la bonne mise en oeuvre du business plan car celui-ci ne repose pas sur le climat d’incertitude réel dans lequel devra avancer le projet. Mais il sert de référence, il est utile pour les éventuels investissements, pour structurer, analyser ou pour suivre l’évolution du projet. Il est donc toujours important de passer par la case du business plan!

Le processus effectual se base plus sur une façon naturelle (humaine) d’aborder nos projets. En avoir conscience permet de rester à l’écoute de nos envies, de préserver notre propre cadre de référence, d’entreprendre en accord avec ce que nous sommes!

Cette approche correspond à ce que je défends aujourd’hui en tant que flexipreneure et dans ma vie privée: construire à partir de ses valeurs et moyens, apprendre continuellement et pouvoir faire preuve de résilience dans l’indépendance.

On peut imaginer les deux approches différentes comme deux façons distinctes de préparer un repas:

La première manière (causale) est de choisir un plat précis à obtenir (selon les goûts des invités) et pour cela tout acheter en magasin suivant une liste et une recette définie.

La deuxième manière (effectuale) serait de faire avec ce qu’on a sous la main, dans le frigo et les armoires, expérimenter, adapter la recette et éventuellement faire appel à notre entourage pour des conseils.

Les deux méthodes peuvent donner un très bon repas, on est bien d’accord… Mais peut-être que la deuxième façon donnera quelque chose d’un peu plus spécial et authentique? 😉

Dans tous les cas, s’appuyer sur une combinaison des deux approches ne peut être que bénéfique.

Les 5 grands principes de l’effectuation

Ce n’est pas une recette miracle pour réussir, il n’en existe pas… C’est une ouverture de possibilités par lesquelles la plupart des entrepreneurs passent inconsciemment. Elle peut nous amener à un projet d’entreprise qui nous convient et qui est unique.

Partir des ingrédients que l’on a en main

Nous nous focalisons d’abord sur les moyens en notre possession:

Quelle est notre histoire, et quelles sont nos forces?

Quelles sont nos connaissances, nos compétences, nos outils, nos moyens financiers et matériels déjà acquis?

Quel est notre entourage? Quel est notre réseau?

Nous tirons avantage de ces moyens à disposition dès le départ. Ils nous permettent de faire le premier pas et une fois lancés, nous pourrons en acquérir d’autres en chemin.

Réfléchir en « perte acceptable » plutôt que « profit attendu »

Que pouvons-nous nous permettre de perdre et quelles en seraient les conséquences pour la suite?

En nous posant cette question régulièrement, à chaque tournant décisif de notre entreprise, nous évaluons la perte acceptable pour pouvoir continuer à avancer. Le risque est controlé et nous adaptons les objectifs si cela ne se passe pas comme prévu.

Évoluer sous forme d’un patchwork plutôt qu’un puzzle

Le puzzle a un résultat final souvent connu au départ et bien défini. Les pièces des puzzles ne peuvent être interchangées, même si plusieurs personnes s’y attellent, elles devront trouver la pièce correcte pour compléter le puzzle au bon endroit.

Le patchwork évolue morceau par morceau sans savoir ce que ça va donner au final. Chaque personne inclue au projet en cours de route va apporter sa pièce du patchwork qui modifiera le résultat final dans une direction ou une autre, suivant sa personnalité.

Avec le modèle du patchwork, nous arrangeons librement les objectifs en fonction des associations et partenariats possibles.

Dans ce sens, l’effectuation se base plus sur la recherche de partenaires qui vont s’engager pour un morceau de patchwork et co-construire le projet, plutôt que de se focaliser sur la concurrence et son analyse.

L’accent est mis sur la stratégie et le développement, plus que sur un objectif fixe bien défini.

Tirer parti des surprises

Quand un obstacle survient sur notre route, nous sommes tentés de le fuir ou de l’éviter pour continuer vers notre objectif.

L’obstacle rencontré peut se matérialiser sous forme de rencontre aléatoire, de surprise, de conflit, d’échec, ou d’une autre situation d’inconfort que nous ne pouvons prévoir à l’avance dans un business plan.

Avec l’effectuation, plutôt que de se mettre des œillères, nous faisons face au problème et analysons de quelle manière nous pouvons bifurquer et tirer profit de la situation, quitte à se diriger vers un objectif modifié!

La contrainte est souvent un bon moyen de booster la créativité, elle permet de réfléchir plus loin et de se positionner différemment pour visualiser les solutions. Cela s’avère tout aussi vrai dans le concept général de l’entreprenariat que dans la création de produits.

(Voir aussi mon article sur les obstacles)

Créer le contexte: l’empowerment

Au lieu de faire des prédictions sur l’avenir et de s’y s’adapter, nous pensons d’abord « action et créativité » pour créer le contexte dans lequel nous évoluons et pour contrôler notre devenir…

Nous dessinons notre propre avenir en passant à l’action!

Cette action créatrice devient aussi importante que l’analyse de l’univers existant dans lequel nous entreprenons! Elle permet de regarder l’environnement non pour ce qu’il est mais pour ce qu’il pourrait être… Nous avons le pouvoir de le faire évoluer, en commençant par notre environnement local et de façon modeste.

Comparaison avec la Lean Startup

Le concept de la Lean Startup est né en 2008. Eric Ries se base sur la pensée « lean » (gestion au plus juste, sans gaspillage) des entreprises high-tech de la Silicon Valley pour créer le terme.

Aujourd’hui répandue à travers le monde grâce à son livre sur le sujet, c’est une manière d’entreprendre plus tendance et reconnue que l’effectuation. Mais elle ne concerne qu’une petite partie des entrepreneurs, contrairement à l’effectuation qui peut être appliquée largement.

Les similitudes principales des deux concepts

– L’idée d’entreprise ne doit pas être parfaite au démarrage, elle se développe par une série d’itérations et d’interactions.

– Les investissements de départ sont limités. Le lancement se fait à partir de moyens en notre possession.

Et côté différences

– L’effectuation s’applique à tout entrepreneur ou projet, aussi petit soit-il. La Lean Startup s’inscrit aussi dans une logique effectuale mais est plus axée « produit » principalement dans le secteur technologique.

– Le développement d’un produit d’une Lean Startup repose sur la solution à un problème que rencontre le client. Il part donc du principe que le client a un besoin conscient, qu’il sait ce qu’il lui manque. La communication de ce besoin par le client est d’une importance capitale pour pouvoir développer le « produit viable minimum » (MVP) de l’entreprise.

Avec l’effectuation, on peut considérer qu’un client potentiel ne sait pas d’office ce qu’il lui manque et ce dont il pourrait avoir besoin.

Elle se base plus sur l’action et la transformation d’un univers tout en amenant une solution dans une situation d’incertitude.

– Il y a aussi une différence en matière de vitesse de développement et réussite. La Lean s’activera pour trouver le produit qui colle le plus vite possible au besoin du client, garantissant de cette façon le succès du projet.

L’approche effectuale peut être plus lente et basée sur une dynamique sociale garantissant une viabilité du projet suffisante.

-De plus, la Lean Startup offre une méthode plus structurée et des outils pratiques pour développement une entreprise axée « produit ». (MVP et cycle « construire, mesurer, apprendre »).

L’effectuation est plus une théorie générale reposant sur 5 principes d’entreprendre naturellement. A nous de nous les approprier et de les adapter librement à notre projet.

Et en dehors de l’entrepreneuriat?

On en revient toujours aux mêmes éléments qui font de nous des artisans de notre propre vie: l’authenticité, l’action, la reprise en mains de notre vie (et/ou notre job) à travers des choix qui nous conviennent et nous permettent d’aller plus loin!

Pour moi, c’est plus qu’une façon de créer une entreprise, c’est une nouvelle manière de considérer notre mode de travail (indépendant ou salarié). Et cela devrait commencer dès les études. Plutôt que de cibler un projet de carrière avec un métier précis comme finalité, nous pouvons cibler un parcours d’apprentissage (d’évolution!) pas à pas en laissant ouvert le champ des possibilités…

Conclusion: l’importance pour les porteurs de projets

L’approche effectuale, mise en lumière par Saras Sarasvathy, semble être une recette universelle connue de tous ceux qui passent par l’entreprenariat. Pourtant on n’en parle pas au démarrage. Parmi tous les accompagnements en entreprise que j’ai connu, je n’en ai jamais entendu parler de façon aussi analytique.

L’enseigner à tous les lanceurs de projets leur permettrait d’adopter un point de vue différent et complémentaire, de s’écouter un peu plus et d’oser sortir des sentiers battus stricts de l’approche causale.

Une prise de conscience bien nécessaire dans la complication de la société actuelle.

Quand on creuse un peu dans les exemples de grandes entreprises à succès, on se rend compte que les débuts n’ont jamais été sans surprises, difficultés et rebonds. Le livre de Philippe Silberzahn en regorge d’exemples intéressants.

Les lire permettent de relativiser et remettre les choses à leur place: les résultats ne tombent pas du ciel, c’est une combinaison compliquée d’une multitude d’éléments et d’opportunités dont certains savent profiter au bon moment…

Pour en savoir plus sur l’effectuation:

Saras Sarasvathy, qui a lancé le concept d’effectuation aux États-Unis

Livre de Philippe Silberzahn, avec plus de détails sur les 5 principes, des exemples et processus entrepreneurial

Article de Philippe Silberzahn, qui reprend les 5 grands principes de façon résumé (avec ses mots à lui, différents des miens 😉 ) 

Définition Wikipédia 

Photo par Julia Joppien sur Unsplash 

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