Faire appel aux autres: oser demander un coup de main

Pour vivre heureux vivons cachés?

J’ai souvent entendu cet adage dans ma famille et même si cela partait d’une intention avisée de mener une vie simple loin des apparences factices, j’ai eu tendance à le prendre un peu trop au mot.

D’un caractère solitaire, avec un relationnel plutôt compliqué, ça n’a jamais été mon truc à moi, demander un coup de main aux autres. J’ai d’ailleurs bien développé mes compétences d’autodidacte, de polyvalence et d’adaptation pour pouvoir me débrouiller toute seule dans beaucoup de situations.

Aujourd’hui, je vois les choses totalement différemment. On vit dans un monde où les relations aux autres évoluent très vite. Notamment avec les réseaux sociaux, mais aussi avec des modes de travail qui changent, des communautés d’entraide et des mouvements citoyens qui sont facilement accessibles avec l’explosion des moyens de communication.

Je fais partie de ces entreprenants d’aujourd’hui qui sont obligés de s’ouvrir aux autres, tout en restant soi-même (voir mon article sur l’authenticité) car les vrais clients en seront bien plus « présents » et reconnaissants.

Mais il faut aussi se créer un réseau de professionnels sur qui on peut compter, avec qui on peut collaborer, de qui on peut apprendre et à qui on peut transmettre.

En entendant le parcours de reconversion professionnelle de Bénédicte Nockerman, je me suis dit: oui, c’est évident, c’est ce qu’il faut faire pour mettre toutes les chances de son côté!

Et pourtant c’est loin d’être si évident…

atelier de garnissage Bénédicte Nockerman

Bénédicte Nockerman: une artisane garnisseuse bien reconvertie

Bénédicte a eu l’audace d’aller chercher de l’aide quand elle en avait besoin pour atteindre son objectif. Elle a misé sur un bon entourage professionnel mais aussi personnel.

Un parcours traditionnel avant la reconversion

Un peu perdue à la sortie des secondaires, le choix d’un métier manuel n’était pas envisageable comme carrière. C’était comme ça, il fallait se lancer dans des études « sérieuses ».

Elle boucle un parcours de plusieurs années d’études à l’université et finit par travailler dans le marketing pour une entreprise alimentaire pendant 10 ans.

Mais ce job manque de sens et de valeurs qui lui parlent. Il y a trop de pression, un système hiérarchique qui ne lui convient pas et des objectifs chiffrés dans lesquels elle ne se retrouve plus.

Elle commence à se poser des questions sur un éventuel changement de métier.

Mais lequel?

Trouver sa voie et la tester

Un jour une amie lui parle d’un coach qui pourrait l’aider. Bénédicte le contacte et le rencontre pendant quelques mois pour un travail approfondi de réflexion.

Une chose est certaine: elle a envie de travailler avec ses mains… Elle ne peut pas vraiment expliquer pourquoi, mais c’est un vrai ressenti.

Son coach lui donne alors une super mission:  Prendre rendez-vous avec 3 professionnels qui exercent un job qui l’attire. Découvrir leurs métiers et en lister tous les avantages et inconvénients.

Mission accomplie, c’est définitivement le métier de garnisseur qui l’attire le plus…

Comme elle veut avancer étape par étape et rester prudente, elle entame une année de cours du soir tout en conservant son job dans le marketing.

C’est à la fin de celle-ci qu’elle est complètement confiante et convaincue, et elle quitte son job pour des études de jour de 2 ans en garnissage.

Mettre toutes les chances de son côté

Sa formation ne comporte « que » 22 heures de cours, et pour combler son temps libre et rentabiliser au mieux ces années, elle demande à une garnisseuse si elle peut la prendre comme apprentie dans son atelier.

Ce n’est pas un stage obligé par l’école, c’est de sa propre initiative qu’elle se tourne vers une experte pour parfaire sa formation. Elle a « juste » fait quelques recherches de garnisseurs dans le coin, sélectionné celle qui lui semblait convenir, pris son téléphone et proposé son aide comme apprentie.

Et ça marche! Son audace paie et cela colle parfaitement entre l’apprentie et son « maître » garnisseuse.

Tout cela en parallèle d’une vie de famille bien chargée, car Bénédicte a un enfant en bas âge et un deuxième qui arrive pendant ces deux années de formation.

Son conjoint et sa famille la soutiennent dans ses choix.

Pouvoir compter sur son entourage est primordial, pas seulement pour une question financière mais aussi pour la tranquillité d’esprit et le moral au quotidien.

Un changement pareil est toujours déroutant et vient bousculer la confiance en soi.

Même si on a l’intuition profonde qu’on doit le faire et qu’on va y arriver, cela reste difficile d’avoir la motivation nécessaire tous les jours, de garder cette énergie pour poursuivre sa route dans la voie du changement!

Il faut donc un entourage en béton, qui croit en nous, nous apporte de l’aide si nécessaire et chasse nos doutes!

Si on n’a pas cet entourage naturellement, on peut le construire, aller à la rencontre de personnes vivant les mêmes changements et s’entraider mutuellement!

Se donner les moyens d’effectuer les changements! En mettant en place des solutions, parfois en changeant d’état d’esprit et souvent en changeant nos habitudes!

L’installation en atelier partagé

Les deux années d’étude et d’apprentissage ont définitivement convaincue Bénédicte que c’est ce qu’il lui faut!

Le garnissage allie tout ce qu’elle aime: la passion de la matière, la rencontre avec les gens, le travail en mouvement, la concentration en atelier.    

Elle n’a pas la possibilité d’avoir un atelier chez elle à la sortie des études.

Mais cela « colle » tellement bien entre elle et son « maître » garnisseuse qu’elle lui propose de partager son atelier pour son démarrage.

L’atelier partagé est un concept très tendance aujourd’hui, il suffit de taper « atelier partagé » sur google pour s’en apercevoir. Á l’époque, c’était moins une évidence, mais cela amène de la compagnie, des conseils et de l’entraide pour le lancement de Bénédicte dans le métier.

Á deux garnisseuses et une 3ème artisane ébéniste dans l’atelier, elles peuvent collaborer sur certaines missions.

Le démarrage s’avère être excitant et passionnant, mais aussi fatiguant physiquement et mentalement. Elle doit s’habituer à un nouveau mode de travail, que ce soit au niveau de la pensée ou des gestes. (voir mon article Réconcilions la tête et les Mains)

Faire face aux inconvénients du métier

Il ne faut pas se voiler la face, chaque métier a ses inconvénients, il faut les accepter et savoir y remédier.

Faire appel aux autres est souvent une bonne solution: bien s’entourer, collaborer, déléguer, et continuer à apprendre tout au long de sa carrière.

Même si la fatigue physique est un point difficile pour Bénédicte, le plus compliqué est de maîtriser la technique car les études sont trop courtes. Le garnissage est un métier de tradition qui s’apprend normalement par des années d’apprentissage en commençant assez jeune.

Cela peut ébranler la confiance en soi quand on a l’impression de ne pas maîtriser complètement!

Aujourd’hui installée dans son propre atelier (suite à des déménagements respectifs des occupantes de l’atelier partagé), elle collabore encore sur certaines missions avec d’autres garnisseurs.

Notamment son ancien prof de cours du soir, avec sa vie d’expérience dans le métier, il peut rassurer Bénédicte sur ses démarches et sa pratique du métier quand elle a une commande très spécifique.

Une reconversion bien réussie

Bénédicte sait ce qu’elle veut, elle a mis en place les choses de façon pragmatique pour que cela fonctionne, et elle n’a pas hésité à faire appel aux autres: un coach, une garnisseuse installée, son ancien prof de garnissage avec sa grande expérience technique, sa famille…

C’est pour moi une des qualités fondamentales, de pouvoir faire appel aux autres quand c’est nécessaire, ou juste pour élargir ses horizons! Il faut oser et ne pas avoir peur de déranger. Une bonne habitude à adopter.

4 règles pour se tourner vers les autres et en tirer des bénéfices

 

Faire appel aux autres pour atteindre son objectif

Profiter de l’expertise des autres

Quand on se lance dans la création d’un projet, il y a toujours plus expérimenté que soi. On gagne à s’inspirer et profiter des conseils avisés de ceux qui sont déjà passé par là.

Même quand on pense n’avoir aucun souci, rien ne nous empêche de creuser un peu et de s’intéresser à d’autres parcours. Cela nous permet d’atteindre notre objectif de façon plus sereine et moins dans l’inconnu.

Faire appel à un mentor est un soutien de plus en plus pratiqué dans la création d’une entreprise.

Partager les compétences et les ressources

Si on collabore avec d’autres entreprenants dans un projet commun, on peut partager les tâches en fonction des différentes compétences. On est ici dans une relation donnant-donnant, une mise en commun des expertises de chacun.

En collaborant avec autrui nous étendons notre champ de possibilités et laissons la porte ouverte à d’éventuelles nouveautés.

Mais cela peut aussi se traduire par le partage d’un lieu et d’outils communs.

Travailler dans le même environnement permet de puiser de l’énergie chez l’autre quand la notre est à plat et vice-versa. Un bel échange!

Déléguer ce qui est possible

Quand nous pouvons nous permettre de déléguer une partie de notre travail, ce n’est que tout bonus. Cela nous soulage de certaines tâches pour mettre pleinement notre énergie dans les autres.

Cela nous permet aussi de pendre du recul par rapport à ces tâches et d’en améliorer le processus, avec une autre vision des choses.

En transmettant une partie de son travail, on peut parfois enrichir les connaissances la personne à qui on délègue, dans le cadre d’un stage ou apprentissage.

Il faut juste trouver le bon équilibre entre ce que cela nous amène et ce que cela amène à l’autre.

Tenir compte des retours sur notre travail

Demander des retours et avis concrets sur les services rendus (ou les ventes) permet toujours de les améliorer. Que ce soit à notre entourage ou aux clients, il est primordial de faire des sondages en situation réelle. Sur lesquels on peut se baser pour adapter notre travail à la demande.

Il ne faut pas tout remettre en question et rester fidèle à ses valeurs, mais souvent il y a moyen de combiner les deux avec quelques ajustements.

Pourquoi demander de l’aide n’est pas si évident

Il faut y penser et reconnaître le besoin de faire appel aux autres. Quand on travaille sur un projet et quand on la tête complètement dedans, on peut oublier de prendre du recul et de voir les évidences.

Il y a la peur de déranger, de se confronter à l’autre et d’essuyer un refus.

Pour passer au dessus de cette peur, il faut bien choisir à qui on demande de l’aide, s’y préparer et formuler des demandes claires. On peut aussi rendre les services et l’aide quand c’est possible.

La plupart du temps, ceux à qui on demande de l’aide apprécieront qu’on valorise leurs compétences, leur utilité et leur capacité à nous guider. C’est donc une reconnaissance qu’on leur donne.

Si cela ne se passe pas comme prévu, qu’on essuie un refus, ou que la collaboration ne fonctionne plus, on a tendance à fuir et ne plus se tourner vers les autres. Or, la plupart du temps, le fait de faire face et de se confronter au problème amènera beaucoup plus de bénéfices que de se mettre des oeillères et se refermer sur soi.

On peut analyser le problème et se tourner vers d’autres personnes ou communiquer autrement. Nous fonctionnons tous de façons différentes et il est important d’en tenir compte dans nos demandes d’aide. (voir l’outil MBTI dans mon article sur l’introspection)

Une chose est certaine: demander un coup de main, c’est sortir de sa zone de confort, c’est passer à l’action, et cela demande des efforts!

Tout cela est plus facile à dire qu’à faire, ou plus facile à penser qu’à écrire mais cette fois, en ce qui me concerne, je l’aurai écrit noir sur blanc et je n’aurai plus d’excuses…

2 commentaires

  1. Ben sur 25 septembre 2019 à 11h42

    Waouw je savais pas que tu écrivais tout ça! C’est vraiment super 🙂
    J’espère qu’on se voit bientôt pour partager … Dommage que tu es si loin 😉
    Gros bisous

    • Lorraine Frennet sur 25 septembre 2019 à 17h00

      Hello Ben!
      Merci pour ton commentaire encourageant! C’est le début donc chaque compliment est important! 🙂
      En effet, dommage qu’on soit un peu loin, mais pas si loin que ça finalement. Et j’ai déjà souvent pensé à te rendre visite pour que tu m’expliques un peu plus ton parcours unique et inspirant! Notamment parce que tu as su combiner à merveille deux passions: ton travail d’artisane et une thématique qui m’intéresse beaucoup: l’alimentation saine!
      Rdv à prendre pour un future article 😉

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